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Pas-à-pas : le portrait


INTRODUCTION

Pour le portrait, plus que tout autre sujet, le dessin a son importance et est incontournable tant il peut contribuer à la ressemblance. Mais il n'y a pas que ça. Les plus grands portraitistes ont cette faculté absolument magique, de capter le caractère, l'âme de leur modèle pour le retranscrire à l'aide de quelques touches sur la toile ou le papier. N'est pas portraitiste qui veut, et même un excellent dessinateur n'aura peut-être pas cette faculté. Je ne me considère pas dans cette catégorie d'artistes qui ont ce talent. Pour moi, débuter un portrait n'est jamais gagné d'avance, loin de là.


MATERIEL POUR LE DESSIN

Un crayon pastel Stabilo CarbOthello N° 655, un crayon sanguine Comté N° 610 et un crayon sépia Comté N° 611. Une gomme mie de pain et un réglet ou une baguette voir une aiguille à tricoter pour prendre des mesures.




DESSIN


Je vais réaliser ce pastel sur une feuille de papier PastelCard de Sennelier de couleur jaune de Naples. La couleur du papier importe peu avec ce type de support, car je vais sans doute le recouvrir totalement de pastel. Cette couleur m'est dictée par le fait que je vais prendre des photos et que sur une feuille claire, l'évolution du dessin, au départ, est plus facile à photographier. Je détermine le format de mon futur pastel : hauteur 38 cm, largeur 49 cm. Bizarre comme taille me direz-vous ? Pas tant que ça, car associé à un passe-partout de 6 cm de large, le format a encadrer sera de 50 x 61 cm, ce qui est équivalent à un 12 Figures d'une toile standard. Du coup, l'éventuel client pourra trouver un cadre tout prêt dans le commerce, ce qui peut diminuer le prix de l'encadrement.


J'ai pris une photographie de Charlotte en contre-plongée, en me mettant plus bas qu'elle. Je vais adopter une composition résolument dynamique et assez peu conventionnelle. Je vais caler son portrait à droite de mon format et laisser un large espace derrière sa tête, ce qui est exactement l'inverse de ce que l'on doit faire. Cette composition résolument moderne a pour but de retenir l'attention du spectateur et d'augmenter l'originalité de l'angle de vue de ce portrait.

Une fois l'emplacement déterminé, je choisis l'échelle du portrait. J'ai tendance à faire des portraits de plus en plus petits. Avant, entre le menton et la racine des cheveux, je pouvais mettre 20 à 25 cm, aujourd'hui je préfère mettre 10 à 15 cm. Ici, la distance du menton aux cheveux est égale à 15 cm. Je déconseille fortement d'essayer de dessiner un portrait plus grand que nature, vous augmenterez la difficulté et la ressemblance sera plus difficile à gérer.



Je commence par dessiner l'ovale du visage dans lequel je situe l'axe vertical de celui-ci, puis je place les axes horizontaux pour situer les sourcils, la base du nez. Sur un visage face à nous, cette division correspond au tiers de la hauteur. Ici, le visage étant en perspective, la partie la plus proche de nous sera la plus grande, en l'occurrence la distance du menton à la base du nez est plus grande que celle de la base du nez aux sourcils, qui elle-même sera un peu plus grande que la distance des sourcils à la racine des cheveux.


Ensuite, je pose de manière schématique les éléments du visage, le triangle du nez, et la forme de la lèvre supérieure. Remarquez que je ne dessine qu'avec des segments droits, je ne trace aucune courbe. Il y a une règle à observer, plus le dessin est complexe, plus il faut l'aborder de manière simple et progressive. C'est un peu comme si j'étais un sculpteur, je ne vais pas tailler les yeux si je n'ai pas auparavant creusé les cavités orbitales. Donc, je vais tracer des lignes correspondant aux changements de plans du visage de Charlotte et ainsi faire apparaître une première illusion de volume à l'aide de facettes. Ainsi, je vais pouvoir me rendre compte de l'exactitude de mon esquisse et la corriger si besoin est, car rien n'est plus facile que de déplacer une ligne droite.



MISE EN VALEURS

Si les choses me paraissent être en place, alors je commence à poser une première valeur foncée. En sachant que les valeurs sombres reculent et les claires avancent, je vais avoir une première sensation de volume et ainsi contrôler la progression de mon dessin. Remarquez que je n'ai pas du tout dessiné les yeux, ni la forme du nez et encore moins les trous des narines. En procédant de cette manière vous limitez l'erreur de placer les yeux aux mauvais endroits et de les faire trop petits ou trop grands. Un autre avantage, vous prenez conscience du volume du visage. La difficulté de travailler d'après photo, c'est que celle-ci est désespérément plate. L'erreur est de reproduire cette platitude. Si vous travaillez d'après photo, je vous conseille de toujours travailler d'après vos propres clichés, ce qui induit que vous avez vu, physiquement le modèle, ce qui est un avantage incontestable. Ensuite de faire plusieurs photos en tournant autour du modèle, ainsi vous aurez des images "aide-mémoire" qui vous seront utiles pour comprendre et réaliser le volume.

Première mise en valeurs - Orientation de la lumière

Maintenant, je vais situer les éléments du portrait et je commence par les yeux. Je n'hésite pas à tracer des lignes de repères. puis je vais préciser la forme du nez (sans les trous). 

Lignes de constructions et prise de repères

Une fois que ces éléments semblent à peu près en place, je continue mon travail d'ombrage pour accentuer les volumes. Je reviens sur les yeux et les sourcils et je commence réellement à dessiner et à entrer dans les détails car j'éprouve le besoin de "sentir" son regard.

Travail sur le relief du visage.

Je peux à présent mettre en place ses cheveux ainsi que son épaule et son bras. Contrairement à ce que vous pourriez croire à ce stade, je ne vais pas commencer la couleur. Je vais peaufiner le portrait. Pour un autre sujet, je passerai à la couleur, mais pour la réalisation d'un visage qui se doit d'être ressemblant, je vais pousser beaucoup plus loin mon travail pour qu'il puisse me servir de guide lors de la mise en couleur. Car le risque est de perdre le dessin sous les multiples couches de pastel. Pour continuer mon travail, je vais prendre un crayon pastel couleur sépia.

Accentuation des valeurs avec un crayon sépia.






MISE EN COULEUR

Le visage de Charlotte est là, sur la feuille de papier. Maintenant je peux aborder la couleur. Je vais commencer par le fond. Un bleu teinté de violet en complémentarité de la couleur de la peau. 



J'utilise plusieurs bleus, des foncés, des plus clairs. Je croise mes aplats, puis j'estompe avec les doigts. 



Je pose ce fond jusqu'aux cheveux. J'empiète même un peu sur les limites de la chevelure. À présent, je vais pouvoir entamer la mise en couleur de la peau.



MATÉRIEL POUR LA COULEUR

De gauche à droite : Pastel Girault, Rembrandt, Fabder-Castell
Pour travailler avec finesse le visage, j'utilise dans l'ordre, des pastel Girault, des Rembrandt, des Faber-Castell Chromo. Tous ces pastels, je les ai préalablement affûtés.

Pour la finition, j'utilise des crayons pastel Derwent Artiste, Stabilo CarbOthello et des Caran d'Ache. J'ai une nette préférence pour les Caran d'Ache, qui sont les plus tendres, mais aussi les plus chers.




LA CARNATION

Pour la carnation, je vais utiliser ces pastels Girault affûtés, puis les Rembrandt, par-dessus, en fonction des nuances à obtenir. Ici l'expérience joue un rôle important. C'est grâce à elle que l'on peut décrypter les nombreuses couleurs qui constituent la couleur chair. 

Premières couleurs avec des pastels Girault

 Car en effet, cette couleur "chair" n'existe pas dans notre palette. Elle varie selon la lumière, selon la nature de la peau du sujet, selon les réverbérations, selon ce qu'il y a sous la peau. En résumé, la couleur chair est certainement la couleur la plus complexe qui existe. Ici s'applique une autre règle pour nous aider à traduire le volume subtil du visage de Charlotte. En plus des clairs qui avancent et des foncés qui littéralement sculptent, les couleurs chaudes elles aussi avancent et les couleurs froides reculent. Je vais me servir de cette règle pour modeler ce visage délicat.

Opposition des couleurs froides et chaudes


LE MODELÉ

A ce stade, le portrait semble étrangement bariolé. Mais il est totalement couvert de pastel. Le papier abrasif Sennelier accentue ce côté bariolage. La solution pourrait-être l'estompage à l'aide des doigts, mais cette pratique a tendance a ternir les couleurs. Pour unifier le pastel et se rapprocher de la texture de la peau, je vais utiliser des pastels plus durs que les Girault et Rembrandt, Des Faber-Castell, eux aussi affûtés. De même je vais rentrer un peu plus dans les détails.

Unification des couleurs


GARDER LE CONTROLE.

Ici, je me retrouve un peu bloqué. Le visage commence à prendre forme, mais j'ai une curieuse sensation en regardant le tableau dans son ensemble. Une tâche de couleur (le visage) au milieu d'une autre tâche (le fond) et entre les deux rien ou presque. 



Pour pouvoir contrôler toute l'évolution de ce pastel, il me faut colorer son buste et son bras. Je pioche dans ma boîte de petits bouts de craies et je me lance. Le but étant d'avoir une surface totalement en couleur, y compris les cheveux. Ensuite je reviendrai sur le visage. 

Mise en couleur des cheveux


RECHERCHE DE LA RESEMBLANCE

Outils pour l’affûtage des crayons
Cette fois, c'est avec les crayons pastel que je reviens sur le visage. J’affûte mes crayons avec du papier de verre sur une cale à poncer. 

Je travaille avec une mine largement dégagée et je peins avec ces petits bouts de pastel et le côté de la mine , cm² par cm², ou je redessine quand j'en ai besoin avec la pointe, tout en apportant des nuances subtiles dans la carnation.

Peindre avec les crayons pastel
Je termine par les yeux en colorant les iris, en fonçant les cils et les pupilles et en y ajoutant le petit éclat de lumière. Le portrait me semble abouti.

Colorisation des iris.

Le portrait terminé.

Petit résumé filmé :