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L'histoire d'une exposition

La relation entre peintre et modèle, objet de bien des fantasmes pour tous ceux qui n'ont jamais poussé la porte d'un atelier. Les artistes sont tous redevables au modèle de quelque chose d'inestimable : son apport riche et généreux, son énergie vitale qu'il offre à chaque pose, son jeu d'ombres qu'il nous propose, il esquisse un rôle silencieux. L'œuvre dépend de cette générosité, de cette disponibilité, de cet être-là.

La raison de l’exposition "Le Fauteuil" est de rendre hommage à toutes celles qui ont accepté de poser pour moi et qui ont ainsi participé à mon élan créatif. Toutes ces femmes qui m'ont offert de leur temps et qui ont bien voulu que je fasse de leur corps un pilier fondamental de ma peinture et de ma vision de la beauté.
Le fauteuil est le fil rouge de cette exposition. J'ai demandé à chacune d'entre elles d'imaginer une pose avec ce fauteuil, SA pose. Certaines avaient une idée bien précise, d'autres non et nous avons travaillé ensemble pour découvrir ce qu'elles voulaient dégager comme image, comme ambiance. Puis est venu le temps de la création et ces images qu'elles m'ont laissé, que j’ai interprétées, réinventées, remodelées.
C'est une étonnante aventure que j'ai partagée avec elles et dont j'espère qu'elles en garderont un bon souvenir. J'y ai mis toute ma passion pour mon métier et toute l'émotion ressentie à leur contact. Sans elles, je n'aurai pu autant évoluer dans mon travail. Je suis riche de tous ce qu'elles m'ont apporté, leur présence et leur attitude qui m'ont ému, leur énergie, leur gentillesse, leur disponibilité, leur confiance. Cette exposition, je l'ai faite pour elles, c'est leur exposition et un peu de leur histoire. Je les remercie de m'avoir permis d'exprimer ma passion.



Quand Sébastien a ouvert sa galerie, au-dessus de son magasin, nous avons participé à l'un des plus gros évènements qu'il ait pu organiser, l'exposition des élèves de l'Académie. Cette première expérience nous a donné des idées pour d'autres futures collaborations, dont une était ma propre exposition au sein de cette même galerie. Voici quelques années que je n'ai pas fait une exposition personnelle à Bergerac et ce pour une simple et bonne raison, c'est que le petit marché de l'art, qui existait encore il y a une dizaine d'années, a totalement disparu et que l'époque où je vendais 20 tableaux sur 45 exposés est totalement révolue. Mais dans le cadre de la Galerie de Sébastien, c'était différent. Même si la rentablilté de l'évènement était loin d'être assurée, au niveau de la fréquentation, le succès pouvait être envisagé et nous aurions été deux à en bénéficier.

Nu assis, pose N°7 - Tableau réalisé pour l'expo de Couze
Pour ce projet, j'avais prévu un thème particulier. Un thème que j'avais ébauché lors d'une exposition à Couze, il y a sept ans et que je voulais rééditer d'une manière plus professionnelle, plus réfléchie, plus aboutie. Le projet est de rendre hommage à toutes celles qui ont accepté de poser pour moi et ainsi de participer à mon élan créatif.
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Nu assis, pose N°9 - Tableau réalisé pour l'expo de Couze
Voilà plus d'un an que nous préparons ce projet avec mes neuf modèles. Toutes ont accepté d'y participer, celles qui ne posent que pour moi, dans l'intimité de mon atelier, celles qui posent maintenant en professionnelles pour les élèves de l'Académie entre autres et celles qui n'ont plus suffisamment de temps à me consacrer. Elles ont toutes dit oui. Voilà presque un an que nous échangeons des mails, dressons des rendez-vous, alignons les séances de poses, échangeons nos impressions à chaque esquisse de projets que je réalise. À la fin septembre, le premier tableau a été réalisé, depuis quatre autres ont suivi et malheureusement, à la fin du mois, la Galerie de Sébastien va disparaître…
Première étude pour le Fauteuil de Cécile
Dure sentence, mais le projet est désormais trop avancé pour y renoncer. Nous n'avons plus de salle d'exposition digne de ce nom pour le réaliser. Il me reste ma Galerie personelle en dernier lieu et si les murs sont suffisants pour y accueillir les dix tableaux prévus, la salle quant à elle, risque d'être bien étroite pour un vernissage digne de ce nom.
Etude pour le Fauteuil de Magali
La rue Saint-Louis ne sera jamais un pôle artistique, comme nous l'avions follement imaginé Sébastien et moi, dans nos euphories des premiers vernissages en regardant fièrement d'un côté l'Académie Pictura et de l'autre Beaux-Arts Bergerac. Mais il nous restera une belle amitié et un projet à mener à son terme. Un projet qui s'appelle : Le Fauteuil.



Tout commença au mois de décembre 2009. La rencontre avec Sébastien et l'inauguration de sa salle d'exposition avaient fait renaître ce projet qui était ancré dans ma tête. J'ai contacté mes premiers modèles pour quelques séances de poses. Amélie fut la première à répondre. Le vendredi 4 décembre, dans la salle de cours de l'Académie transformée en niche calfeutrée, surchauffée, à l'abri des regards. Atelier d'images où nous allions travailler ensemble.
Demander à une femme de venir poser plus ou moins nue n'est jamais une chose aisée. Même si aujourd'hui, mon statut reconnu de peintre fait que cela est un peu plus facile, il faut, à cette requête un peu particulière, que se noue immédiatement un rapport de confiance. L'hésitation et le temps de réflexion sont des choses normales, car c'est un acte important et qui peut remettre bien des choses en question. C'est servir de support au travail du peintre et se prêter à la dilvugation d'une image de soi. Une image intime et qui n'est pas nécessairement issue de sa propre intimité. Mon oeil et ma main sont des filtres qui peuvent être puissants et mon imagination peut emmener le modèle là où elle n'aurait pu le concevoir. Le projet du fauteuil en sera l'illustration. En plus, pour la grande majorité des femmes, c'est un combat contre elles-mêmes et l'image qu'elles ont de leur propre corps. Certes, celui-ci est important, mais c'est surtout ce qu'elles sont intérieurement qui m'intéresse et c'est justement cet étât d'âme et d'esprit que je perçois en elles qui peut révéler un corps qu'elles ne soupçonnent pas, quel qui soit.
Quand j'ai demandé à Amélie de venir poser pour moi, je sentais qu'elle aurait beaucoup à me donner si elle acceptait. Elle a une générosité impulsive et une spontanéité presque brutale. Amélie accepta, impressionnée et hésitante. Après de nombreuses séances, elle révéla la femme qu'elle cachait sous son aspect d'éternelle adolescente. Pour le projet du Fauteuil, elle vint avec son idée de pose et elle me l'offrit avec cette même générosité débordante et, en même temps, plus femme que jamais.

Etude pour le Fauteuil d'Amélie
Pour réaliser son tableau, il fallait que je sois prêt. Prêt à imaginer un univers qui soit conforme à sa jeunesse et à son tempérament, prêt dans ma technique et bien installé dans mon monde. C'est pourquoi, s'il a été un des premiers projets à être esquissé sur le papier, il n'a été que le cinquième tableau à avoir été mis en chantier.



Barbara succéda à Amélie et vint poser la semaine suivante. Barbara a fait partie de la première exposition à Couze. Mais elle ne vit pas cette expo. Souvenir d'un passé difficile à gérer. Cela fait dix ans que l'on se connaît, dix ans que je l'observe dans son évolution de femme. Ce qu'elle est devenue, elle ne le doit qu'à elle-même, courageuse et insoumise.
Puis Cécile suivit, après les fêtes de fin d'année. Cécile aussi c'est une amitié de longue date et une femme que j'ai vue éclore au fil du temps et de ses expériences. Pour le Fauteuil, nous avions décidé de reprendre l'idée d'un des tout premiers tableaux que j'avais fait d'elle, il y a bien longtemps. Elle ne serait vêtue que de ma veste de cuir et peut-être de son chapeau…
Pendant un temps, j'avais eu l'idée de la peindre en étant juste couverte d'un drapé mouillé.
Mais l'étude que j'ai réalisée ne nous a pas satisfait. Malgré les années d'expérience que nous avons à travailler ensemble, il nous faudra plusieurs séances de poses pour trouver. Voilà la particularité de ce projet, c'est un travail en commun, parfois difficile. On est loin de celui, solitaire des peintres en général. L'idée que cette exposition soit aussi la leur et qu'elles puissent se retrouver dans leur tableau est une condition sine qua non.

Puis elles sont toutes venues, Magali, Chantal, Céline, Marie, Isabelle et Malika. J'ai accumulé des centaines de clichés jusqu'au début de l'été. J'ai commencé par réaliser des sanguines et des fusains des poses que nous avions trouvées les plus adaptées.
Je leur ai soumis à toutes ces études en leur envoyant des courriels où je leur ai expliqué l'évolution de mon travail et je leur ai joint les photos de mes travaux. Ainsi, elles pouvaient suivre l'avancement de chacun des projets, aussi bien en ce qui les concernait elles-mêmes, mais aussi les études pour leurs consœurs. C'est comme une grande équipe, je l'ai voulu ainsi, car c'est aussi leur exposition. Sans elles, je n'aurais pu autant évoluer dans mon travail. Je suis riche de tout ce qu'elles m'ont apporté, leur présence et leur attitude qui m'ont ému, leur énergie, leur gentillesse, leur disponibilité, leur confiance.

Souvent on me demande combien de temps je mets pour réaliser un tableau. Cela ne veut rien dire et le travail d'artiste ne se quantifie pas comme celui de l'artisan. Pour chacun de ces neuf tableaux, voilà plus d'un an que j'y travaille, que nous y travaillons. Les poses, les centaines de photos, les conversations passées, les choix, les esquisses et les milliers d'images de toutes sortes qui viennent peupler mon imaginaire, puis les études, le ressenti et enfin l'exécution de l'œuvre. Le temps de la gestation, j'ai d'ailleurs un très beau texte à ce propos de Jean-Pierre Mérat, je vous le confierai au prochain message.
PS : Si elles savent toutes où en sont chacun des projets, aucune n'a vu une œuvre terminée et elles ne le verront pas, pas avant le vernissage.



Dans le monde de la peinture figurative, il y a deux sortes de peintres, ceux qui peignent sur le motif, en extérieur pour les paysagistes, face à leur sujet mis en scène pour ceux qui peignent bouquets et natures mortes ainsi que les portraitistes et le personnage d'après modèles vivants. Et puis il y a les peintres dits d'atelier, qui réalisent des peintures d'imagination, ou de mémoire d'après croquis ou (et) supports photographiques.
Je fais partie de cette deuxième catégorie, pour trois raisons : les cours que je donne quotidiennement à l'Académie ne me laissent que trop peu de temps pour travailler sur le motif. Deuxième raison, c'est la liberté. Dans le cas de mes nus, le support photographique permet d'envisager des poses qui seraient impossibles de tenir suffisamment longtemps pour les retranscrire sur le papier. Vous avez vu également avec la réalisation du "Poulailler"(à voir ICI), dans le cadre de mes vieilles carrosseries, que le travail en atelier permet de transformer à sa guise la réalité. La troisième raison est le confort : j'aime mon atelier, l'univers qu'il renferme, l'ambiance musicale et aussi la possibilité d'y travailler jusque tard dans la nuit si besoin.
En revanche, je ne néglige pas le travail sur motif et je m'accorde toujours des séances avec mes modèles pour travailler en leur présence. Je partage également les séances de modèle vivant avec mes élèves, un mercredi sur deux. Ainsi, j’acquiers l'aisance nécessaire pour réaliser mes dessins, j'enrichis ma mémoire, je crée un lien avec mes modèles en prenant vraiment le temps de les observer, de les voir bouger, de leur parler, je m'imprègne de l'ambiance de ces séances. 
Etude en couleur d'après modèle vivant
pour le magazine Plaisir de Peindre.
Le projet du Fauteuil est justement l'aboutissement de ce travail d'études contemplatives. Ce sont plusieurs centaines de clichés, des dizaines et des dizaines de croquis, le souvenir de toutes ces séances de poses et la personnalité de chacune qui vont être à la base de chaque tableau. Mais au fait, le projet du Fauteuil, qu'est-ce que c'est exactement ? C'est, lors de cette future exposition, de rendre hommage à toutes celles qui ont accepté de poser pour moi. Le fauteuil est le fil rouge de cette exposition. J'ai demandé à chacune d'entre elles d'imaginer une pose avec ce fauteuil, SA pose. Certaines avaient une idée bien précise, d'autres non et nous avons dès lors travaillé ensemble pour découvrir ce qu'elles voulaient dégager comme image, comme ambiance.
Le deuxième projet pour le Fauteuil de Cécile
Dans le prochain épisode, je vous décrirai ce processus de création. En ce qui concerne Cécile, après l'abandon du premier projet, je l'ai invitée à venir pour une nouvelle séance de pose. J'ai étudié quelques attitudes à lui proposer avec une idée de composition, tout en sachant que le plus souvent, cette idée sert de base pour le début du travail de recherche, mais que bien souvent, la solution finale en est très éloignée. Puis le temps passa, plusieurs mois. Les autres projets se sont mis en place, certains ont même abouti et mon idée de base, pour Cécile, ne me convenait plus. Elle est revenue et nous avons de nouveau ajouté une nouvelle centaine de clichés. Nous avons cherché et enfin trouvé, le nouveau projet pouvait se mettre en place.
Les séances de poses
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La pose enfin déterminée, va débuter mon travail en solitaire dans mon atelier. Première étape, réaliser une sanguine sur un carton abrasif Pastelcard couleur terre de sienne ou jaune de Naples.  Je vais aborder un côté un peu technique à cause de cette informatique qui envahit tout notre univers. Et bien oui, l'informatique a aussi envahi mon atelier.
Le poste de travail
Imprimante, scanner et appareil-photo, tous reliés à l'ordinateur qui trône près de mon chevalet. Bien sûr, certains le regretteront, bien que, sans cette informatique, vous ne seriez pas en train de lire ce blog. J'ai définitivement pris le parti que cette technologie moderne serait au service de mon expression artistique.
Pour cette étude préparatoire, j'imprime la photo de la pose au format 13 x 18, ça me suffit étant donné que l'ordinateur est tout près du chevalet et que la photographie est également à l'écran où je peux zoomer telle ou telle parti. La photographie imprimée me donne la vue d'ensemble. 
Réalisation de la sanguine
Pendant la réalisation de cette sanguine, je prends conscience des difficultés que je vais rencontrer pour le pastel. Je réfléchis également à l'ambiance au fur et à mesure que Cécile apparaît sur la feuille de papier. Je m'imprègne peu à peu du sujet et une image plus précise du futur tableau se fait jour dans mon esprit.
Etude pour le Fauteuil de Cécile
Une fois la sanguine réalisée, je la photographie puis, je la transfère sur l'ordinateur pour ensuite l'imprimer sur un papier couché mat et je vais me servir de cette base pour réaliser l'étude et dévoiler l'image que j'ai imaginée. En cinq minutes j'ai mon tirage prêt à être maquetté ! Ah la technologie…
Prise de vue de l'étude
Je me saisis des craies dures et des crayons pastel et je commence à esquisser mon projet. Si je n'aboutis pas ou si j'ai une autre idée, j'imprime un nouvel exemplaire de la photo et je commence un autre projet. Quand ma décision est prise, je scanne le projet ainsi réalisé et ensuite je l'envoie par courriel avec la photo de la sanguine et mes commentaires audit modèle, en l'occurrence Cécile, mais aussi aux huit autres.
Projet pour le futur tableau
De la sorte, elles ont pu suivre l'évolution de l'ensemble des projets. Même seul dans mon atelier, elles m'ont accompagné, tout le temps. Il en a été ainsi pour chacun des neuf tableaux.

Les projets pèle-mêle






Le premier tableau mis en chantier fut le Fauteuil de Barbara. Un sujet déjà réalisé lors de la première exposition et que je voulais reprendre avec la Barbara d'aujourd'hui. Ce qui me servit d'étude fut en fait ce premier tableau. Pour cette nouvelle version, j'ai tenté de réaliser ce nu sur carton abrasif Pastel Card. 

Nu assis, pose N°12
Tableau réalisé pour
la première expo à Couze
Une première car jusqu'à présent je n'ai travaillé mes nus et mes portraits que sur papier Canson à l'exception du dernier portrait, celui de Titou de Lalinde. Or pour Titou, sa peau burinée convenait bien au travail sur abrasif. Qu'en serait-il de la peau d'une jeune fille ?

Titou de Lalinde
Ainsi, je me suis lancé dans cette nouvelle aventure ayant en mémoire les paroles de Gwenneth Barth qui m'avait confié avoir essayé ce support avec satisfaction. Je me suis d'abord attaqué à tout le décor qui entourait Barbara, lourds drapés suspendus, puis le tulle vert transparent jeté sur un drap de coton jaune le tout recouvrant le fameux Fauteuil, dans une ambiance de clair-obscur. Et puis je me suis attaqué à la carnation de sa peau et comme je le craignais, j'ai buté sur cette nouvelle difficulté.

Le Fauteuil de Barbara en cours de réalisation
Quand je suis bloqué, je tourne et vire dans mon atelier. Je change l'ambiance musicale, je m'accorde des pauses pour essayer de me changer les idées. C'est alors que je me suis rappelé avoir, dans mon autoradio, le DVD du troisième tome du roman audio "Millénium". En effet, cet été, lors de mes nombreux voyages d'expos en expos, j'ai trouvé cette fabuleuse possibilité d'écouter des livres audio tout en conduisant. Une manière intelligente de ne pas perdre son temps à le passer uniquement à la conduite et de surcroît, de me donner l'impression d'un trajet bien plus court pour peu que le roman soit passionnant. C'est le cas de Millénium. Donc, je me suis souvenu que je n'avais pas terminé d'écouter ce troisième tome. Je l'ai introduit dans ma chaîne Hi-Fi et face à mon chevalet, je me suis replongé dans les aventures de Lisbeth Salander et Mikael Blomkvist.

Les livres audios, nouveaux compagnons de l'artiste.
C'est presque machinalement que j'ai repris les craies et que je me suis mis au travail alors que mon esprit était en Suède, en plein intrigue politico-policière. Les couches de pastel se sont accumulées sur l'abrasif et soudain j'ai senti que Barbara prenait vie sur ce papier. Je confie généralement à mes élèves qu'il faut énormément de concentration pour peindre et qu'il est difficile de travailler pendant des heures d'affilée, contrairement à un autre travail plus traditionnel. C'est une constatation et une contradiction, je n'ai guère d'explication rationnelle. C'est presque étonnant pour moi, être capable de me plonger dans une intrigue policière tout en étant totalement investi dans mon travail. L'écoute de ce roman m'a aidé à surmonter la difficulté.

Le mode d'emploi du Pastel Card ? L'inverse du papier Canson. Au lieu de monter progressivement des pastels les plus durs aux plus tendres, il faut d'abord couvrir la surface rugueuse de pigments avec des Rembrandt et Girault et c'est ensuite que je me munis des pastels durs Faber-Castell et des crayons pastel Stabilo pour définir les détails et les subtilités de couleurs.

Le mode d'emploi étant maintenant clairement défini, j'ai entrepris de réaliser tous les tableaux sur ce support et pour rester dans l'ambiance du roman de Stieg Larsson, je me suis procuré les quatre livres audio de Camilla Läckberg. La machine était lancée, je pouvais me mettre à produire.

Mon univers



Ainsi s'est passé l'hiver, blotti dans mon atelier, au coin de mon poêle à pétrole. Je remercie Martine, ma compagne, qui m'a trouvé bien absent dans cette période tout en m'accompagnant moralement dans mon effort de création. Je remercie aussi Marion Lechevalier, le CD du groupe Coldplay, qu'elle m'a offert, m'a tenu compagnie en s'intercallant entre deux séances de lecture audio. Le temps de la création s'est achevé, maintenant vient celui de l'organisation.

Première phase : numérisation des tableaux.


C'est chez mon ami Robert, qui dispose d'une paire de projecteurs professionnels destinés à la photographie de tableaux, que nous allions numériser mes pastels. Il nous faudra quelques minutes pour transformer son atelier en un studio photo presque pro.


Ensuite réglage de l'appareil-photo et premiers essais. Tout va bien, on peut y aller et les clichées s'enchaînent à raison de deux photos par tableau et par précaution. Ensuite ce sera deux jours passés devant l'écran d'ordinateur pour composer le carton d'invitation et l'affiche avec, pour l'instant, la date du début de l'expo en suspens. Car d'un autre côté, j'ai fait une première proposition de dates à tous mes modèles, j'aimerais tant les réunir toutes pour ce vernissage, et j'attends leur réponse.

Deuxième phase : les encadrements.
Rendez-vous est pris avec Sébastien pour réactiver la production de caisses américaines.

Tandis qu'avec les filles, la date du 29 avril est retenue pour le vernissage. Commande des baguettes d'encadrement, des cartons de fond et des contrecollés. Commande de la coupe des verres et nettoyage de l'atelier d'encadrement, juste au-dessus de la salle d'expo. Le début d'avril sera consacré à l'encadrement.

L'atelier d'encadrement fin prêt.

Troisième phase : la liste des invités.
Il y aura deux vernissages, a cause d'un espace un peu trop exiguë. Le premier aura lieu le vendredi 29 à 19 h, avec tous les modèles et leurs invités, la presse, les amis, les confrères, les professionnels avec qui je travaille, etc.

Le travail sur ordinateur en PAO
Le deuxième vernissage aura lieu le lendemain, samedi 30 à partir de 17 h, où tous les élèves de l'Académie (Bergerac, Couze, Lalinde et les élèves de Robert Billant) seront conviés ainsi que tous ceux qui n'auront pas pu venir la veille.

Quatrième phase : la communication de l'évènement.
Édition de l'affiche et distribution. Communication auprès de la presse, audio et écrite. Édition des cartons d'invitation, essayer de n'oublier personne, mettre à jour les sites internet.


Cinquième phase : l'accrochage et l'installation.
J'ai demandé à mon amie Pascale Amiel, plasticienne, d'installer le vrai Fauteuil dans la salle d'exposition, mais dans ce dessein, il faut que l'accrochage des tableaux soit terminé. Régler les rampes d'éclairage et pour finir, faire le ménage.

Sixième phase : organisation des vernissages.
La boisson, les petits fours, les amuse-gueule, nappe en papier, essuie tout, gobelets, tréteaux, tables et pour finir, au cas ou la météo ne serait pas favorable, un barnum pour couvrir le jardin, car le cocktail, faute de place à l'intérieur, ne pourra se faire que dehors. Espérons que la température soit toujours si clémente.

Voilà mon emploi du temps pour ce mois d'avril, plus la pression qui grimpe de jour en jour...






Voilà, la saga du Fauteuil prend fin. Le vernissage a eu lieu et je remercie tous ceux qui ont fait le déplacement et qui par leur participation ont fait que ce moment soit inoubliable. Nous avons eu de la chance, même la météo était de la partie, ce fut un véritable succés. Seule anicroche, l'absence de Marie, victime d'un accrochage de la circulation (sans gravité) à Bordeaux alors qu'elle s'apprêtait à nous rejoindre. Elle est venue "découvrir" son tableau le lendemain. 
Certains d'entre vous ont noté également l'absence de la presse, aussi bien écrite que radiophonique, les activités culturelles ne sont décidément pas leurs priorités. Absence également de tout représentant de la commune, il est clair qu'à la veille du Mai des Arts, une exposition de pastels est un non-évènement en terre bergeracoise. Ont-ils seulement conscience que sur leur commune existe l'une des rares écoles de pastel de France ?
Comment exprimer tout ce qui s'est passé lors de ce vernissage, avec les modèles enfin toutes réunies ? Je ne trouve pas de mots...
À tous ceux qui n'étaient pas là, je vous souhaite une agréable découverte. 

Le jour "J" à l'heure "H"



 Vernissage de l'exposition "Le Fauteuil"
1 fauteuil, 9 modèles, 10 tableaux




Le Fauteuil d'Isabelle


Le Fauteuil d'Amélie

Le Fauteuil de Barabra

Le Fauteuil de Cécile

Le Fauteuil de Céline

Le Fauteuil de Chantal

Le Fauteuil de Magali

Le Fauteuil de Malika

Le Fauteuil de Marie


Le Fauteuil d'Isabelle


Le blog a joué un rôle non négligeable pendant la conception des tableaux et l'élaboration du vernissage. C'était comme un bouillonnement créatif qui avait besoin de s'exprimer tant sur le Pastel Card à l'aide des couleurs, qu'avec mon clavier et des mots qui me venaient à l'esprit.
Pendant le vernissage, au gré des conversations, certains m'ont questionné sur le sens de ma démarche ou sur le rapport que j'entretiens avec mes modèles. Difficile pour moi de l'expliquer réellement, jusqu'au moment où Nicole, une de mes élèves, m'a prêté le livre de Titouan Lamazou "Femmes du Monde". 
Tout ce que Lamazou raconte dans ce livre, je n'ai pas eu besoin de voyager autant que lui pour m'en apercevoir. Quelques reportages lus ou vus, quelques livres et l'observation du monde dans lequel nous vivons m'ont suffit pour me tourner définitivement vers l'univers féminin. Là où l'homme ne sait que jouer des coudes ou taper du poing sur la table pour affirmer son autorité, la femme joue de ruse et d'intelligence pour évoluer dans ce monde qui n'est pas fait pour elle.
Aquarelle extrait de "Femmes du Monde"
Ce désir d'explorer cet univers féminin, comme l'écrit si bien Lamazou : "... C'est une attirance vers l'inconnu. Je ne sais pas comment on s'y est pris dans nos sociétés, mais l'homme et la femme s'y retrouvent comme de parfaits étrangers lorsqu'ils parviennent au seuil de leur vie autonome".
Aquarelle extrait de "Femmes du Monde"
Lamazou se demande, mais moi j'en suis sûr en ce qui me concerne, si sa démarche artistique est un prétexte pour aborder le monde des femmes "... dont nous autres, blancs-becs, sommes culturellement et physiquement dissociés dès l'enfance".
Il faut lire le livre de Titouan Lamazou pour comprendre ce qui m'anime à révéler une certaine image de la femme, celle qu'elles veulent bien m'offrir, mais aussi comprendre ce qui me révolte. Voici un passage de son livre qui en dit long : ".... j'en suis aussi venu à révéler, au cours de mes rencontres (avec toutes ces femmes du monde entier dont il a fait le portrait - NDR) une vision de la société des hommes dont j'avais seulement conscience sans vraiment en mesurer la portée. Les grandes civilisations, en ce monde, possèdent au moins un point commun non concerté qui devrait les rapprocher : l'oppression de leurs femmes comme corollaire de la division de l'humanité en deux genres distincts, privilégiant le masculin au détriment du féminin. Excepté quelques microsociétés égalitaires ou matriarcales, volontiers qualifiées de primitives ou de "premières", voire de sauvages en d'autres temps." Que dire de plus ?

Fatima - Sanguine sur papier
Pour en revenir à ma démarche, l'aventure commence par la rencontre de deux êtres dont l'un est nu et l'autre pas. Dont l'un s'offre au regard de l'autre. L'art du nu est une sorte de kidnapping du peintre et un don du modèle. Une séance de poses est pour moi un moment unique, isolé et précieux ; un moment particulier qui me ramène aux fondamentaux de la vie et de la beauté. Un moment privilégié où je découvre l'univers féminin, la rencontre de l'AUTRE où se dévoile un monde intime souvent inaccessible au genre masculin.
Nu de dos, attitude N°2 - Sépia sur papier
Un moment que je dois garder en moi pour le transposer et le peindre avec délicatesse afin de l'offrir au regard d'une troisième personne, vous. L'identité du modèle se traduit aussi bien dans la manière d'habiter son corps que par les traits de son visage. Sa diversité, sa manière de se mouvoir, de vivre son corps, entraînent une découverte sans cesse renouvelée et stimulante. Le nu féminin raconte la beauté, ce sentiment universel et profondément humain.
Cécile - Pastel sur papier
C'est avec une citation de Titouan Lamazou que je vais conclure mon billet. " De fait, mon intérêt originellement tourné vers les femmes m'a amené aussi à observer "l'égarement" général de mes pairs. Les hommes finalement ne se sentent pas en mesure d'"assumer" le rôle de dominant qu'ils se sont assigné. Et cela d'autant moins en ce monde devenu de consommation où la misère, qui a remplacé l'honorable pauvreté, côtoie de près un luxe plutôt décomplexé. Il m'est apparu que cette frustration masculine engendre une perte de repères, dont les femmes sont souvent les principales victimes."
Titouan Lamazou au travail.



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